Je vous mets cet article (désolé je ne sais
plus où je l'ai eu), parce que je trouve que l'auteur, pour une
fois, est très objectif sur le sujet. Il cite les points positifs,
comme les négatifs. Il relâte les faits tel qu'il les a vécu, sans
les amoindrir, ni les amplifier, ce qui est assé rare... Je trouve
que c'est sympa d'avoir le ressentit de quelqu'un qui à la base est
neutre (même si à la fin il paraît conquis). Il n'y à rien
d'enrichissant si la personne est totalement pour, parce qu'elle
aura tendance (involontairement ou pas) à tout idéaliser, et vis
versa avec quelqu'un qui y est totalement opposé... Il me semble
qu'il serait intérréssant de le lire particulièrement pour les
personnes ne connaissant pas trop le monde de la teuf, et ayant
quelques préjugés. Pour les adèptes ça peut être sympa de le lire
aussi, ne serais-ce que pour me donner votre avis! Bonne lecture
les gens!
L'été, c'est la saison des free-parties. Nombreux sont ceux qui
s'inquiètent des risques relatifs à la drogue, l'environnement ou
la sécurité, et veulent soumettre ces fêtes techno à autorisation
préfectorale. Mais les organisateurs défendent leur principe de
liberté totale. Reportage:
Minuit, l'heure du crime. Après avoir longuement cherché sur
internet l'infoline (messagerie téléphonique) d'une de ces soirées
clandestines que sont les free-parties, nous recevons un courrier
électronique : Grenoble 3672*1 1805. On appelle. Grésillements,
puis, sur fond de techno, une voix à l'accent marseillais nous
indique à vive allure la démarche à suivre : « Grenoble, prendre la
direction Voiron. À Voiron, tourner après le premier feu, puis à
gauche [...], puis un chemin de terre : vous êtes arrivés ! » Il
est une heure du matin, on embarque dans la voiture.
Au péage de Voiron, il y a un monde incroyable. Nous suivons le
cortège de fêtards. Un quart d'heure plus tard, la police nous
accueille et indique où se garer... en relevant consciencieusement
le numéro d'immatriculation de la voiture. Les policiers sont de
bonne humeur et discutent volontiers avec les arrivants. Ils
resteront jusqu'à la fin de la fête sans intervenir. Dix minutes de
marche plus tard, nous découvrons enfin le site. C'est un immense
terrain surplombé d'une forêt, parsemé de mini-lacs et de
mini-collines. L'endroit est vraiment bien trouvé, ce « décor »
donne une atmosphère irréelle au lieu. Nous remarquerons au petit
jour que le terrain est en cours de construction, et que tout cela
est en fait l'oeuvre des bulldozers.
Le « mur de son » crache une techno hardcore, rien à voir avec ce
que l'on entend à la radio. Ces murs (d'enceintes) sont le
cœur de la fête, les teufeurs sont amassés devant et
exécutent la danse du teufeur, somme toute assez proche de la danse
des canards : ils sautillent sur place, les fesses en arrière et
les poings en avant. La techno de teuf est basée sur des basses
vraiment très fortes (ou boum-boum). Par-dessus, sont savamment
mixés de petits bruits électroniques et des phrases de films
cultes, comme Pulp fiction ou Las Vegas parano. La techno a
l'avantage d'être très évolutive, le DJ maîtrise donc entièrement
son auditoire. Certes, la musique n'a pas l'exclusivité de
l'envoûtement des raveurs, mais elle y contribue beaucoup.
Nous quittons ce plateau de vibrations pour aller à la rencontre de
la faune kaki - tous les habitués sont piercés et vêtus de surplus
militaire. Curieux, pour des gens qui rejettent toute forme
d'autorité... Mais leurs ancêtres les hippies détournaient déjà la
veste militaire pour manifester contre la guerre du Viêt-Nam. Cette
tenue est confortable et tient chaud, elle est donc idéale pour
passer la nuit dehors.
Mais la mode n'est pas ce qu'il y a de plus intéressant dans ces
rassemblements. Le coeur de la teuf, c'est la multiplicité des
initiatives personnelles, et l'esprit ouvert que l'on retrouve en
free : aucune discrimination et pas de préjugés. Tout le monde
parle à tout le monde, et dans la mesure du possible aide son
prochain. Il ne faut pas croire que tous sont toxicomanes, bien au
contraire. 80 % des personnes qui se rendent en free le week-end
sont insérées dans la société. Ces fêtards travaillent et sont
généralement très actifs dans les milieux associatifs ou
artistiques. Les organisateurs sont de vrais passionnés de musique,
mus par l'idéal d'un espace autogéré, où chacun est responsable de
soi-même.
Au milieu de la nuit, une jeune fille prend le micro et accompagne
de sa voix cristalline la techno violente. L'ensemble est du plus
bel effet. Au même moment, sont projetées sur un drap blanc des
images psychédéliques pleines de couleurs, entrecoupées de scènes
de films de guerre. À quelques pas du mur de son, des flammes
s'élèvent. Cinq ou six jongleurs, cracheurs de feu, et deux filles
qui font danser autour d'elles des chaînes aux extrémités
enflammées s'amusent. Très vite, un cercle se forme. Tour à tour,
chacun va au centre et montre ce qu'il sait faire. Tout le monde
sait donc jongler ?
Il est maintenant 5 h 30, le jour se lève. On met des visages sur
les masses informes de la nuit. Près d'un van, un jeune couple vend
ses créations : statuettes, piercings et pipes en pâte fimo (pâte à
modeler que l'on peut cuire), ainsi que des tee-shirts peints à la
main. Un peu plus loin, de grandes bâches sont tendues. Elles
abritent le stand du Tipi (une association de lutte contre les
exclusions et de prévention en milieu festif). Matelas, couvertures
et tentures sont disposés par terre. Au fond de la tente, des
tables, dont une pour le testing des stupéfiants. Un bénévole de
l'association teste la réaction chimique des produits afin de
savoir s'il y a beaucoup de déchets. Un tableau est installé à
l'extérieur et dénonce les « mauvais ecstasy », ceux qui sont des
accélérateurs cardiaques, donc très dangereux. L'autre table est
occupée par des dépliants qui expliquent les risques de chaque
drogue, ainsi que des kits-sniffs, des seringues et des
préservatifs. Une fontaine d'eau est à disposition. Les drogues
semblent être consommées davantage en free-party puisqu'elles le
sont à visage découvert, contrairement aux discothèques et autres
établissements de nuit, qui font très peu de prévention. Ne pas
reconnaître le besoin de prévention revient à nier l'usage de
drogues dans des lieux publics. Une hypocrisie. Le mouvement techno
est l'un des seuls à avouer la prise de risques liés à ces
manifestations, et les organisateurs font souvent venir des
associations ou des organismes de prévention.
Comme ces fêtes sont clandestines, les teufeurs sont face à leurs
responsabilités. Mais soumettre chaque free-party à une
autorisation préfectorale reviendrait à les restreindre
considérablement. On dit que les fêtards saccagent les champs, mais
rares sont les teufs organisées en terrain cultivé. De plus, le
matin, le nettoyage des lieux est assuré par les organisateurs.
Chacun participe. Il est important de conserver une alternative aux
boîtes de nuit, endroits clos et très chers. La free-party c'est
gratuit, à l'extérieur et en dehors de toute logique de profit. Ces
mouvements spontanés de la jeunesse ne doivent pas
disparaître.